Un soir à l’opera (sans les frères Marx)

Si vous voulez voir une machine hôtelière en parfaite maîtrise de son tempo, venez au Grand Tier Restaurant. En une heure, vous aurez dîné de vos trois plats, pris votre thé/café et payé sans même avoir eu l’impression d’avoir été bousculé.

La décoration a vieilli même si, à la faveur d’une restauration datant d’une vingtaine d’années, elle semble plus récente que celle de l’opéra lui-même. Il y a ces mêmes volumes si bien exploités dans le reste du bâtiment mais qui, ici, passent presque inaperçus. Nous dînons cote à cote sur la banquette et le va-et-vient de la salle s’offre à nous comme un pré-spectacle. Drame décoratif ultime, nous sommes assis sur des banquettes dignes d’habiller une Renault Clio I sans option. Ces années 80 étaient bien aveugles…

Question alimentation: c’est honnête, sans plus. Je commence par une correcte salade de calamars. L’animal se mâche mais ne se mastique pas, contrairement à tout ce que la plupart des restaurants essayent de vous faire avaler. Je reste dans l’univers marin avec des pétoncles body-buildés et agréables. Le saumon de ma camarade ne me fait pas envie. Non que je n’aime pas ce poisson mais il fut injustement dévalué par la démocratisation alimentaire et la présentation du jour le fait ressembler à un carpaccio orange du Bistro Romain. Avant d’aller goûter L’Elisir d’Amore, aimable divertissement de Donizetti, j’avale une tarte au citron; honnête toujours honnête.

Petite précision: il n’est pas possible de dîner au Grand Tier Restaurant si vous ne disposez pas de tickets pour la représentation du soir.

Grand Tier Restaurant

150 W 65th St (dans le Metropolitan Opera)

New York, NY 10023

+1-212-799-3400

www.patinagroup.com/east/grandTierMetOpera/

Paris-Méribel-Paris

Non que nous soyons des modèles de ponctualité, ma camarade et moi, surtout ma camarade d’ailleurs, mais passées les 15 minutes parisiennes, l’attente commence à se faire longue pour des français, de passage à Paris, et élevés à la dure loi de la précision horaire new yorkaise. G. a non-reservé aux Cocottes -car on ne peut pas réserver aux Cocottes- et il est en retard. J’ai atterri le matin et le voyage en classe économique -rebaptisé avec tout ce qu’il faut d’hypocrisie marketing Tempo par Air France- et le vol ne m’a pas donné plus de deux heures pour dormir assis malgré l’absence d’écran individuel qui m’a privé d’impérissables chefs-d’œuvre, que je verrai au retour, comme Agents très spéciaux (remboursez!) et La guerre des miss (où je me rends compte que les intermittents du cinéma français ont des arriérés d’impôts colossaux). Comme nous n’avons pas vraiment le courage de faire la queue aux Cocottes, ni au Café Constant malgré un souvenir d’oeufs mimosa. Nous nous replions sur une des autres constanteries de la rue St Dominique -dont la partie entre les avenues Bosquet et Rapp sera certainement rebaptisée rue Christian Constant à la mort du chef- que nous n’avons pas encore testée, Le Violon d’Ingres. Tant pis pour G. et son porte-monnaie tout tourné vers sa noce en juin, il n’avait pas qu’à faire des longueurs de trop à la piscine de Pontoise. Bizarrement, il reste de la place à la plus chère des adresses…

Je n’ai pas trop réfléchi au fait que les cuisines communiquaient et que la salade Caesar du mois de décembre aux Cocottes serait la même que celle du mois d’avril au Violon d’Ingres, soit une montagne, genre Himalaya plutôt que les Vosges, de salade finement hachée avec ce qu’il faut de tendre poulet et de bacon. Trop de bouffe, presque maniérée, pour un début de dîner que je voulais plus léger. L’andouillette est, parait-il, fameuse. Elle mérite de l’être.

Evidemment, je tends -à me demander si je ne les taille pas moi-même- des verges pour me faire battre. Et je ferais aussi preuve d’une mauvaise foi si je me plaignais de la qualité (et des prix) des plats servis au pied des pistes à Meribel-Mottaret. Personne n’a jamais eu l’intention d’installer un relais gastronomique –mais une vache à lait qui plumerait les skieurs, oui!- dans un lieu le moindre plat extra brûlant se refroidit en deux secondes même au mois d’avril. Il y a un tout petit plus haut Le grain de sel pour le dîner: soupe à l’oignon sans sel, non que j’en sois accro, de peur que mes artères se cassent comme des spaghetti suivant les conseils de ma maman, et sans goût; le gratin de crozets rattrape ce début de prestation raté. Il y a aussi une crêperie où ils sont aussi gentils qu’ils ne savent pas préparer des galettes.

Le meilleur moment de cette escapade restera ce mariage aux Allues avec un buffet de spécialités savoyardes (diots, matafan…), bien loin de cette noce tignarde il y a quelques années, où durant un week-end de septembre, je m’étais pris pour Jack Nicholson dans Shining, à dormir dans un appartement cage à lapins dans une résidence Pierre & Vacances déserte, à assister à la célébration au fond d’une galerie commerciale années 70 -lieu de la mairie de Tignes- abandonnée à la fin de la saison estivale et à tenter de me sustenter autour un buffet en concurrence frontale avec la riante cuisine d’une aire d’autoroute.

Mon escapade se termine -avant le vol de 19h10- par un japonais rue de Ponthieu. Même si c’est pas bon et que ces yakitori sont à la cuisine japonaise ce que McDonald’s est à celle des Etats-Unis, j’ai une tendresse gourmande pour ces brochettes -quasi-introuvables dans leur version fast-food à New York-, notamment celles au fromage (inodore) coulant.

Misère de la vie corporate américaine

Ce n’était pas un séminaire mais celà ressemblait à un séminaire, ce week-end au Doral Arrowwood de Rye Brook. Tous mes souvenirs de ma vie salariée -et de ces quelques jours avec mes chers collègues dans des grands hôtels vidés de leurs clients pour que nous puissions écouter la sainte parole managériale- sont remontés à la surface: le Club Med d’Opio en septembre (rétrospectivement le meilleur souvenir), Deauville en janvier au Royal Barrière, un Everest de déprime, même pour le grand fan de Proust que je suis; le Sofitel Palm Beach de Djerba en mars ou l’ennui dans le confort mais sans le luxe.L’hiver persiste. J’ai du mal à imaginer qu’un des arbres que je vois de l’autre coté de la baie vitrée du restaurant pourrait retrouver des feuilles dans quelques semaines. Les nuances de gris dominent ces trois jours, à me faire croire que je suis condamné à vivre dans un album de Jean-Jacques Goldman. Pitié ! Toutes les heures et demi, nous sortons de notre salle de réunion accueillis par un buffet géant de friandises sur lesquelles nous nous précipitons pour tenter en vain de dérider la fadeur d’un week-end passé à écouter un gourou en puissance nous expliquer comment mieux vivre en harmonie avec nous-mêmes, et accessoirement le monde. En fait, nous ne cesserons de culpabiliser de nous empiffrer en avalant toutes les cochonneries que déverse cette corne d’abondance de supérette. Déjeuners, dîner (un seul, ouf!), et petits-déjeuners seront passés autour du buffet qui sent le réchauffé comme si les plats revenaient jusqu’à ce qu’ils soient épuisés. Il y a de quoi pleurer devant l’absence de choix derrière l’apparente générosité, l’absence de fraîcheur. Si je ne regardais pas dehors, je ne saurais pas en quelle saison nous sommes tant cette bouffe me semble intemporelle ou servie dans une base scientifique internationale en Terre-Adélie avec comme facétie américaine de la purée aux marshmallows.

Nous nous échappons le samedi soir pour aller dîner à Rye. Une rue: des magasins fermés, deux options pour les fauchés (Starbucks et Cosi) même si cette notion reste toute relative dans ce coin de Westchester, banlieue très chic de New York, là ou ceux qui ne veulent pas vivre à Manhattan, même s’ils y travaillent, s’exilent dès le premier enfant né. Quelques options: une steakhouse comme dans la grande ville, d’ailleurs il s’agit d’une annexe; deux italiens; un bar à huîtres. Il reste le train et Grand Central à moins d’une heure pour le grand frisson. Nous choisirons le Water Moon, restaurant pan-asiatique, noté 25 au Zagat par une bande d’amputés du palais. Non que ce soit réellement mauvais mais -jouons les snobs- pour ce résultat (25 sur 30!) à Manhattan, vous avez un restaurant qui vous souffle dans les bronches et vous fait décoller du tatami. J’ai partagé un grand plateau de sushi et de sashimi, ensemble décent mais on retrouve la même qualité dans une barquette de supermarché haut de gamme.

Deux impressions d’un week-end new yorkais

La crise? Quelle crise? Je laisserai aux sociologues tirer toutes les conclusions même si je les entends déjà nous expliquer que, pendant les périodes récessives, nous avons tendance à nous tourner vers les valeurs sures -plats familiaux et ancestraux- aux dépens des adresses bling-bling (la liste new yorkaise serait trop longue) . Samedi soir avant 21h00, j’appelle Balthazar pour réserver une table pour deux personnes en fin de soirée. “We’re fully booked tonight.” Rien ne nous arrête et nous nous hasardons à dépasser la 14ème rue pour aller dîner un samedi, opération d’autant plus risquée qu’une pluie fine commence à tomber sur New York et qu’il sera difficile de trouver un taxi pour rentrer dans l’Upper East Side vers minuit, heure prévue de la fin de notre moment Balthazar. A l’accueil, l’hôtesse nous annonce une heure et demi d’attente. Passer plus de 90 minutes debout sans pouvoir toucher le bar pris d’assaut ne nous enchante guère. Nous devons certainement vieillir. Un taxi décharge des gens très patients ou très prévoyants (ayant réservé en début de semaine). Ni une, ni deux, nous nous replions sur Artisanal ou j’apprécierai un morceau de poulet géant, tendre, à la peau grillée comme il faut, mais malheureusement au sommet d’une montagne de purée et de haricots verts qui s’enfonce tels des sables mouvants dès que je plante ma fourchette et mon couteau.

Le lendemain, je repars vers le Sud pour aller prendre un café à Noho chez Think Coffee. Chouette un coffee shop, lieu que je devrais fréquenter, et que je ne fréquente pas, depuis que je suis redevenu étudiant. Qu’est-ce qui fait un bon coffee shop? Check-list ! Un décor bois et sombre. Check. Des clients qui restent des heures, ne consommant qu’un expresso, pour réviser. Check. Du café ou un latte pour moi. Check. De la bonne musique, un peu indé, un peu folk. Et le programmateur nous balance, à pleins tubes (dimanche à 17h00) du Cher période disco. Pitié. Je crains un hommage à Stock, Aitken et Waterman; désastre évité grâce à l’arrivée de Cat Power.

Sur le chemin du retour, je passe chez Other Music, un des meilleurs disquaires du monde -titre facile pour une profession qui fond comme neige au soleil-, ou j’achète trois CD’s pour moins de 10 dollars au total: All that you can’t leave behind de U2 -malgré tout, je reste un fan-, Not in Kansas anymore de Basehead -rappeur sérieux et rassurant, presque disparu- et Ghost of A Dog d’Edie Brickell and New Bohemians – j’aurais bien entendu au Think Coffee leur deuxième album, Shooting Rubberbands at the Stars.

Quelques jours en Inde

Tout commence avec Air India. Et comme toute compagnie aérienne qui se respecte, elle n’arrête pas de vous gaver pour vous empêcher de vous plaindre. Toutes les trois heures, les hôtesses me donnent la becquée, des plats indescriptibles, inidentifiables, le plus petit commun dénominateur de la nourriture internationale dont le représentant ultime reste cette chose molle sous plastique que des aveugles, des fous osent appeler du pain. Je n’arrive pas regarder de film de Bollywood, même si Devdas fait partie de mon panthéon personnel. Je continuerai à édifier ma culture cinématographique sur place. Je préfère -est-ce le bon choix?- voir Dan in the real life (pas mal ce Steve Carrell), What happens in Vegas (ou le film aurait du rester), Le jour le plus long (devenu une antiquité depuis la sortie de Saving Private Ryan).  Est-ce l’effet d’une acculturation expresse ou un traiteur de meilleure qualité mais les plateaux-repas me semblent de meilleure facture de Delhi à New York que l’inverse?

En dix jours, j’aurais vu un seul bout de la cuisine indienne car je suis resté entre Delhi, Agra et le Rajasthan et j’ai cru comprendre que le pays était un rien plus vaste; ainsi que sa gastronomie. Aussi, pour m’éviter plus de tourments gastriques, j’ai évité tout laitage (dont des lassis en tout genre dont je raffole) et produits frais.

Le meilleur repas restera un dîner à Espahan, dans l’hôtel Oberoi d’Agra qui reprend des classiques locaux à la perfection soit des naans aériens, des morceaux de poulet grillés, goûteux et tendres; des gombos aux allures de pommes allumettes; de paneers ayant plus de personnalité de le meilleur des tofus ou que la sauce qui l’enrobe…

Depuis quatre ans que je vis à New York, j’ai toujours su éviter, sans devoir faire preuve de trop de dextérité, d’aller chez McDonald’s sauf pour, une fois, y commander un café. Avant d’aller voir Delhi 6 –très dispensable malgré Amitabh Bachchan habillé pour une soirée blanche d’Eddie Barclay- au cinéma de Jaipur un jour férié (holi : la fête durant laquelle tout le monde se balance des poudres de couleur faisant ressembler cette journée à un grand moment psychédélique), la maison de Ronald s’annonce comme la solution la plus pratique et une des expériences gastronomiques les plus horrifiques dans un pays qui ne cuisine pas le boeuf. Je commande ce qui s’annonce comme l’équivalent indien du Big Mac, le Chicken Maharaja Mac, soit le plat -si l’on peut appeler ainsi cet empilement alimentaire- le plus désespérant du monde: trois tranches de poulet recomposé, et empestant les inoffensives épices, enchâssées dans ce pain tout mou, des bouts de légumes absents et une sauce mayo pour noyer l’ensemble. Il était trois heures. J’avais la dalle mais je n’ai pas réussi à finir mon plat.

Sinon, en Inde, il y a des restaurants-lounge comme à New York, ou comme leurs propriétaires imaginent New York, avec des prix relativement modestes pour nos portefeuilles mais suffisant pour nourrir une famille de quatre personnes pendant un bon mois. On y retrouve les classiques locaux, de la cuisine continentale (traduire occidentale) de base.

A Udaipur, nous avons déjeuné dans un restaurant italien, pas forcément mauvais si on n’oubliait qu’il était italien, et je me suis demandé si l’écart entre titre et la réalité était le même avec les restaurants indiens ou j’étais allé à Paris ou à New York.

A la fin de mon régime à deux temps (mouton/poulet, mouton/poulet…), je rêvais d’une salade, d’un plateau de fromages, de pain plus épais qu’une galette. Oui, la cuisine indienne -ou plutôt celle du Rajasthan- vaut plus que sa caricature à base de curry dont je n’ai jamais vu la couleur en dix jours. En Inde, les épices sont plus qu’une simple poudre de perlimpinpin destinée à vous faire cracher du feu comme Puff the Magic Dragon mais de savants mélanges relevant magnifiquement le premier blanc de poulet venu.

Votre estomac de petit occidental fragile et gâté limite vos options et votre très faible connaissance de l’hindi vous empêche de comprendre une très grande majorité de la carte. Vous avez tendance à limiter les risques et à vous rabattre sur les plats que vous avez déjà rencontres lors de votre dernier repas dans un restaurant indien: New Balaal ou Kastouri à Paris; ou Devi, version plus raffinée, à New York. J’aurais rêvé de goûter cette cuisine de rue si appétissante ou de m’enivrer de lassi mais la gueule de bois gastrique dans ces contrées peut réserver de mauvaises surprises.

Chouette, vous êtes de retour mais votre estomac est toujours en Inde. Vous ne pouvez pas apprécier les joies d’une salade, d’un yaourt ou d’un morceau de fromage (qui aurait le goût de fromage). Encore quelques jours de patience…

Picholine

Quoi de plus triste qu’un restaurant à trois quarts vide même si nous sommes un mardi de crise et que nous arrivons juste avant que les cuisines ne ferment? Il y a une private party bruyante dans un des salons adjacents. Il y a encore des gens qui ont des choses à fêter? A moins qu’ils ne s’enivrent pour oublier.

Le personnel redouble d’égards, à moins qu’il ne soit naturellement attentionné. A force de vouloir séduire le rare client, il le confuse à coups de mises en bouche et de mignardises à gogo. Quand commence le dîner? Quand finit-il? Comme si nous ne voyions que des bandes-annonces -il est vrai souvent meilleures que le film lui-même- alors que nous sommes venus pour le film.

Je n’ai pas très faim et je choisis Tastes of Picholine, soit tous les plats servis taille entrée. La soupe au fenouil est loin d’être transcendante mais le boeuf wagyu est de compét’, tendre sans être mou, ferme sans être dur. Il y a aussi un très beau plateau de fromages, surtout si vous aimez les pâtes cuites. Je finis par le Passion Fruit “Cannoli” tout en douce acidité.

Picholine

35 West 64th Street (between Broadway and Central Park West)

New York, NY  10023

+1-212-724-8585

www.picholinenyc.com

Bar Breton

Pour parler comme Georges Marchais, le bilan est globalement positif. Faisons deux petites listes.

Les plus mieux:

  • Un cadre presque sympa, faussement bricolé avec six chaises dépareillées pour notre table,
  • Des galettes pas mal, même s’il reste illusoire de poursuivre un rêve culinaire breton dans un des quartiers les plus déprimants de Manhattan,
  • En ouverture, une agréable cassolette de tripes servie dans un mini-plat Le Creuset de rigueur,
  • Un menu à $35 pour quatre plats bien balancés et généreux.

Les moins bien:

  • Un service à la ramasse qu’il faut quasiment implorer pour commander ou payer la note,
  • Des verres d’eau que l’on vous remplit après chaque gorgée (ma recommandation: moins de runners, plus de serveurs),
  • Une camarade fragile et barbouillée,
  • Une assommante et médiocre musique technomollindigeste: mieux que le biniou et la bombarde, il y a le silence.

Bar Breton

254 5th Ave (between 28th and 29th St)


Get Directions

New York, NY, 10001

+1-212-213-49

www.barbreton.com/

Un nouveau restaurant

Je suis toujours surpris (et admiratif de tant d’audace ou d’aveuglement) quand je vois un nouveau restaurant ouvrir ces jours-ci; diner dehors, première activité touchée par la crise car il s’agit de l’un des budgets les plus faciles à couper. Certes, le projet a du voir le jour avant que Lehmann ne mette la clé sous la porte et le bail signé avant que les chiffres du chômage ne partent en vrille mais faut-il opportunément poursuivre une mauvaise décision? Avant Rouge Tomate, il y avait Nicole Fahri, magasin rescapé de cette époque si proche et si lointaine -le début du millénaire- ou certaines boutiques de fringue, plutôt chic, proposaient aussi un service de restauration, à coté des cabines d’essayage. A la lisière de Midtown, le lieu était uppereastsidien en diable à midi avec une population très féminine, plutôt bien habillée et pas pressée de retourner travailler (car elle ne travaillait pas).

L’espace est grand, immense; branché, sujet idéal pour magazines féminins. Je vois d’ici l’article dans ELLE dans le dossier “On se change les idées, les filles. On part à New York”. Mais comment atteindre un taux d’occupation de 100%, à moins de devenir The talk of the town? A midi, il y a du monde dans ce quartier de shopping -ou ce qu’il en reste- et d’affaires –il y en a encore?- mais le soir, c’est « Rideaux, rentrez chez vous ». La cuisine tient la route -très bon poulet dans mon assiette avec son accompagnement de choux et de blé- mais je doute que tout New York va converger en face du Metropolitan Club pour dîner alors que tous les restaurants de la ville ont ressorti leur guitare pour jouer la sérénade aux ultimes téméraires clients partis braver la crise.

Rouge Tomate

10 E 60th St (between Madison and 5th Avenues)

New York, NY, 10022

+1-646-237-8977

w.rougetomatenyc.com

Landmarc

Un restaurant dans lequel on joue Kings of Leon (puis Mott the Hoople), même un peu trop fort pour mes délicates oreilles, ne peut pas être foncièrement mauvais.

Landmarc dans Tribeca faisait partie de nos adresses favorites lors de nos premiers mois new yorkais -2005 déjà !- mais la distance avec l’Upper East Side ($40 pour un aller-retour en taxi) et la flemme ont pris le dessus. Quand Landmarc s’est installé dans le Time Warner Center, nous avons pu envisager de reprendre nos bonnes habitudes. Là ou le décor brut de bois et de longues tiges métalliques couleur rouille se mariaient parfaitement à l’architecture industrielle de Tribeca, il parait incongru dans un endroit aussi lisse que ce grand mall dominant Columbus Circle, effet aussi décalé (et rarement réussi) qu’un salon Louis XV dans un loft.

Je prends deux entrées (ou plutôt une entrée et un plat taille entrée). Les os manquent de moelle et j’arrive à peine à finir deux des huit tranches de pain grillé. Pour $14, ils auraient pu rajouter un morceau ou en choisir des plus généreux. Coté boudin, la saucisse de sang n’a pas assez cuite. Elle doit s’apprécier très grillée et tout défaut de cuisson vous rappelle le souvenir liquide peu ragoûtant du cochon en train de mourir. Les accompagnements arrivent en masse, empilés les uns sur les autres et le choix d’une assiette plus grande aurait permis de les repartir, de les distinguer et d’éviter que les oignons caramélisés tentent de terrasser les pommes tièdes.

Les creamy spinach nous font plus l’effet de spinach creamy, soit une sauce blanche très épaisse, dont la serveuse nous confirme qu’elle est renforcée de Philadelphia cheese, dans laquelle surnageraient quelques épinards.

La bonne idée, ce sont les micro-desserts (à $4) qui vous permettent deux bouchées sucrées -dont une tarte au citron tout à fait décente- avant de vous en aller.

Landmarc

10 Columbus Circle

3rd floor

New York, NY, 10019

+1-212-823-6123

www.landmarc-restaurant.com/twc

Republic

Je ne vais pas choisir un pad thaï à chaque fois!

Je reviens la ou j’avais dîné, il y a deux ans, avec mon cousin venu faire une école de cinéma. Maintient qu’il repasse à New York pour tourner son premier court-métrage, nous retournons chez Republic. Lui en jeans, moi en costard et un défi à relever. Comment manger proprement des morceaux de boeuf qui glissent péniblement de leur brochette? J’aurais pu utiliser un couteau et une fourchette mais je m’échine -le goût du défi de l’aventurier du quotidien !- avec mes baguettes à tel point que le morceau de viande -par quatre fois- se tire-bouchonne sur le morceau de bois sans se décider à le quitter. Quand, au bout d’énormes efforts dont je me sors sans une tache, la viande a atterri dans mon plat, je dois la consommer comme un homme des cavernes, m’attaquer à la barbaque, la lacérer de mes canines et la laisser en lambeaux en attendant que j’ai fini de mâcher. Inconfort mis à part, la viande a du goût mais a trop cuit ou manque de tendreté. Le problème revient avec le paquet de nouilles qui forme une boule indémêlable. J’en prends une et je les prends toutes.

Sinon, il y avait une feuille de salade dans le coin de mon assiette et je me demande encore ce qu’elle faisait là.

Republic

37 Union Sq. West (between 16th and 17th St)

New York, NY, 10003

+1-212-627-7172

www.thinknoodles.com/

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