Archive for May, 2008

Le Bernardin

Posted in $$$$ - Plus de $90, Restaurant - Midtown West on May 9, 2008 by restonyc

Pour fêter un demi-succès, nous cherchions le meilleur restaurant de New York. Certes, il y avait per se mais avec un service par soir, le temps d’attente nous aurait semblés infini.

Dans mon assiette:

Chef’s tasing menu: si le site du Bernardin était a jour, je pourrais vous décrire tout mon diner.

Il n’y a pas à tortiller: Le Bernardin rime avec bonheur. Eric Ripert a réinventé la simplicité. Rien ne semble compliqué dans sa cuisine. Il n’y a rien de laborieux. On sent à peine le travail. Pourtant, il ne présente pas le poisson à l’état brut, genre tranches de saumon sorties de leur emballage Labeyrie. Chaque poisson arrive parfaitement arrangé, réinventé.

Dans un continuum très levi-straussien, le menu va du cru au cuit en passant par le barely touched. A la fin de ce diner, une question demeure: comment commander du poisson après, sans redouter la déception? Arrivant aux Etats-Unis, je vis du homard partout. Je me précipitai pour me confronter à du gros caoutchouc blanc vaguement iodé. Apparemment, Ripert ne fait pas ses courses au même endroit que ses amis restaurateurs; ou peut-être n’a-t-il pas forcé sur la cuisson bouillonnante du crustacé? Son homard est tendre, généreux comme si j’en goutais (enfin) pour la première fois. Avant, c’était le tour d’un poisson japonais au nom impossible désarmant de finesse présenté en trois admirables tranches.

Même le saumon, cet ancien plat de riches vu et revu, vous séduit avec son caviar et sa crème fraiche. “Ah, c’est ca Le Bernardin?” vous surprenez-vous à penser quand ce premier plat arrive. “Encore” ou “ce n’est qu’un début” vous viennent en tete alors que vous n’osez lécher votre assiette cinq minutes plus tard.

Même le dessert poursuit sur cette même note. Vous n’avez pas droit à une tarte à la lotte mais à une crème au chocolat (ou plutôt à une larme de chocolat) caressée d’un trait d’huile d’olive. Rien de trop: vous n’avez plus faim après huit plats mais sans la désagréable sensation d’avoir été gavé pour justifier une imparable technique gastronomique détrousseuse de porte-monnaie.

Minuscule bémol. Comme dans les lycées français ou les professeurs professent qu’il n’y a pas de 20/20 –pourquoi ne pas noter sur 19, alors ?-, tout ne saurait être parfait au Bernardin. Malgré la corbeille et la variété, le pain pèche un peu et souffre de l’environnante médiocrité locale.

Le Bernardin

155 West 51st St (between 6th and 7th Ave)

New York, New York, 10019

+1-212-554-1515

www.le-bernardin.com

Via Quadronno

Posted in $$ - De $30 a $60, Restaurant - Upper East Side, Uncategorized on May 8, 2008 by restonyc

Le spectacle est dans la salle, ou plutôt dans ce long couloir, cross-over baroque entre un chalet suisse et un bar romain. Que les myosines tournent les talons et que les chirurgiens esthétiques accourent. Toutes les bonnes dames de l’Upper East Side sont là, venues déjeuner entre amies.

Dans mon assiette:

Insalata Pierrepi (shaved parmigiano, rucola and fresh tomatoes)

Car je n’en attends pas grand chose, une salade ne me déçoit jamais vraiment, et ne m’épate pas plus. Je la commande car je veux déjeuner léger. Ici, elle reste dans cette norme moyenne sauf son prix qui s’accommode des porte-monnaie de la clientèle: $14.50 pour prix de base. Je cherche des indices parmi les trois ingrédients. Tiens, le parmesan en grandes tranches régulières. Le cuistot n’a pas pris son économe pour découper un généreux morceau de parmigiano reggiano. Non, il a pris dans son frigo ce qu’un groupe alimentaire a vendu à son patron pour du parmesan. Je me demande ce que veut dire fresh tomatoes. Qu’elles ne sont pas en conserve (souvent une bonne surprise et idéal pour faire une sauce)? Qu’elles ne sont pas pourries? Certes, elles n’ont pas le gout vide et plein de flotte de ces montres hormonés et roses du Chili ou des Pays-Bas mais elles ne suintent pas de soleil, les pomodori de la Via Quarderonna.

Via Quadronno

25 E 73rd St (between 5th Ave and Madison Ave)

New York, NY, 10021

+1-212-650-9880

www.vqnyc.com/media/websiteviaquadronno.html

Café Gitane

Posted in $ - Moins de $30, Restaurant - SoHo on May 3, 2008 by restonyc

La première fois que j’ai entendu de parler du Café Gitane, ce fut sous la forme d’une menace de mort. Un vendredi soir, je m’apprêtai à quitter ma tour pour rentrer chez moi quand E., autre française du 45e étage, m’aborda. Quoi de plus commun que de parler restaurants, un des trois sujets préférés des new yorkais de moins de 92 ans avec le dating et l’immobilier?

- Ah! Connaissez-vous le Café Gitane?

- Euh, non…Devrais-je?

- Oui. Je vous ordonne d’aller diner la ce week-end sinon je vous tue!

Apres cette injonction, E. me décrit les charmes du lieu qui pourrait m’éviter un funeste destin dans les 48 heures. J’écoute poliment le temps que l’ascenseur vienne me chercher pour me ramener sur terre. Non que je ne réponde aux ultimatums, mais j’oublie tout simplement d’aller gitaner ce week-end-là et je garde l’inoubliable idée dans un coin de ma tête.

Café Gitane a les allures d’un restaurant ouvert par un pied-noir du coté de Longjumeau, en1963 après les Evénements, tel que l’imaginerait un décorateur pour un énième film nostalgique (pléonasme?) d’Alexandre Arcady. Aucun détail ne manque dans cette avalanche rétro, cheap et sophistiqué. Je n’ai pas vérifié mais je parie $25 (soit mon déjeuner: plat + Coca Light + expresso) qu’il ne manque pas un gramme de sépia à la photo de Doisneau dans les toilettes

Il y a quelque chose de désespérant à SoHo; et deux questions. A quoi bon fuir les faux branchés du quai de Jemmapes -je ne parle même pas de leurs cousins de province, ceux du quai de Valmy- pour les retrouver à New York? Car au Café Gitane, là ou les bobos en RTT se sustentent, vous entendrez surtout parler français, un peu italien et finalement peu anglais. Seconde question: à quoi bon venir à New York pour retrouver la même cuisine qu’à Paris? Avec sa déco faussement bricolée et ses assiettes couleur Radio Nova, Café Gitane a quelque chose de très XIè arrondissement. Mais que ces touristes si lookés manquent d’imagination dans une ville qui regorge d’alternatives et doit trainer, bonne deuxième, derrière Tokyo pour le titre de the foodiest city on earth.

Dans mon assiette:

Moroccan Couscous with red peppers, raisins, toasted pinenuts, humus and eggplant with merguez sausage

Le couscous ressemble à une tour de Babel contenant la semoule et tout l’intitulé du plat, à l’exception des mergez sur le coté et de l’houmous surplombant l’ensemble. A ce train, pas besoin de prendre d’entrée puisque de toutes les façons vous y aurez droit sous la forme de trois petits toasts qui vous serviront à accueillir la purée de pois chiches qu’il serait audacieux de mélanger au plat. Pour un plat recréé à destination d’un public de non-initiés auquel on ferait avaler n’importe quoi, ils ne s’en tirent pas trop mal au Café Gitane. Bien sur, ce « cousocous » ne consolera pas le nostalgique de Wally le Saharien dont la semoule si légère évite, à force de travail, toute sécheresse. Et puis, rien ne m’enlèvera le plaisir -qui aurait cru que j’écrirais ces mots- d’une merguez -qui aurait été encore meilleure grillée- dégustée autre part qu’aux abords du Stade de France ou qu’entre deux slogans de la CGT.

Café Gitane

242 Mott St (@ Prince St)

New York, NY 10012

+1-212-334-9552