Archive pour août 2008

Anthos

C’est -ou plutôt ce fut- Restaurant Week à New York. Deux fois par an et deux fois cinq jours, soit pendant 20 jours, pas mal de restaurants, dont certains de bonne facture (Per Se ou Le Bernardin ne se mêle pas à la plèbe), proposent un menu à $24.07 (c’est précis, l’Amérique!) au déjeuner et à $35.00 au dîner. Des petits malins trichent en ne présentant pas spontanément leurs menus et d’autres établissements les truffent de suppléments pour faire grimper l’addition qui grimpera fatalement car les $35.00 ou $24.07 n’incluent pas la taxe, les boissons et le pourboire. Il y a la version optimiste de la Restaurant Week, ceux qui y voient un moyen pour des restaurants haut de gamme de faire découvrir leur cuisine -et la faire revenir pour un séjour plus onéreux- à une nouvelle clientèle. La version pessimiste raconte que les restaurants en profitent pour se débarrasser de leurs stocks, ou de ce que les riches n’ont pas voulu durant le WE. Je me méfierais des raviolis ou de tout ce qui ressemble à un hachis parmentier.

Je ne sais pas si Anthos veut nous nourrir avec les restes mais je sais qu’ils ont l’intention de nous traiter comme des clients de seconde classe. Je me demande s’ils ne vont pas nous servir leur menu entier dans un plateau en plastoc emprunté à Olympic Airways. Service mal aimable pour les gueux, pas plus de pain dans votre corbeille une fois que vous avez terminé le délectable quignon que la direction vous a généreusement allouée.

Dans mon assiette:

Raw mezze

Grilled lamb

Yogurt and figs

Ce qu’ils appellent le raw mezze est plus raw que mezze mais est avant tout minuscule. Dans un restaurant normal -pas dans celui-ci obligé au strict minimum-, ce type de plat serait offert en guise d’apéritif. Là, il s’agit, au mieux, de ce que commande un mannequin anorexique pendant la Fashion Week. Je n’ai pas même pas le temps d’exprimer mon contentement (ou non) que, de trois bouchées, j’ai déjà terminé ces trois invisibles morceaux de poisson cru, genre sashimi pingre dansant le sirtaki.

L’agneau est pas mal mais me rappelle furieusement les meilleurs morceaux de Picard Surgelés (encore inconnu aux Etats-Unis, ce concept simplissime ferait un malheur), fournisseur non-agréé des étoilés Michelin. Pingrerie encore avec des grains de semoule au singulier. Mes $35.00 ne sont définitivement pas partis dans le budget bouffe. Le contrôleur de gestion a payé les serveurs qui font la gueule, le loyer, l’électricité et les actionnaires du fonds Anthos basé à Chypre.

Nous n’avons pas eu droit aux poubelles:les restes auraient été plus généreux; ni à un avant-goût d’un futur dîner de riches; non seulement un simple etoilé qui se force à suivre le mouvement.

Anthos

36 W 52nd St

New York, NY 10019

+1 212-582-6900

www.anthosnyc.com

The Spotted Pig

Il faut aller au Spotted Pig car tout New York est dans ce restaurant. Tout ce que l’on attend de cette ville et aussi tout ce qui peut aller contre les clichés. Il y a tout le snobisme de cette ville qui est prête à attendre de très longues minutes –l’heure étant là l’unité de valeur-, coincée au bar, bousculée par l’incessant trafic des clients et serveurs, assommée par les conversations gueulantes avant d’avoir mis les pieds sous la table. Riches, très riches, très très riches, un peu moins riches, tous laissent leur nom à l’entrée et acceptent, dans un sourire, la sanction: “It will be one hour. At least”. Ils attendant dehors, dedans, ou ils peuvent, sapés sans se saper, avec cet art local de s’habiller en faisant croire que l’on a enfilé le premier truc venu. Personne n’est dupe de ces jeans si bien déchirés, de ces petites robes d’été choisies avec soin et entre mille dans un dressing plein jusqu’à la gueule d’options vestimentaires. Les new yorkais n’ont pas encore acquis l’art de la spontanée sophistication –l’atteindront-ils un jour ? Un rien ne les habille pas encore…Et puis, il y a Batali qui rode devant avec ses Crocs, ses provisions sur son scooter.

Dans mon assiette:

Deviled Eggs

Devils on Horseback

Pot of Pickles

Boston Bibb Lettuce with Mustard Dressing

Spanish Mackerel with Mint Vinaigrette

Chargrilled Burger with Roquefort Cheese & Shoestrings

Snap Peas with Mint

Evidemment, je n’ai pas avalé tout ce qui précède. Nous l’avons joué table commune, table de l’amitié, table du bonheur. Ici, la cuisine s’amuse, ne se prend pas au sérieux. Aucune révérence, ni génuflexion devant l’autel gastronomique. Que des plats simples, pleins de qualités qui évitent gadgets, trucs sucrés et tours de passe-passe pour palaiss paresseux.

Comment dire du mal d’un restaurant qui vous sert la version la plus proche des œufs mimosa (Deviled Eggs)? Le Pot of Pickles me fait l’effet d’un pot de confitures dans lequel les grandes personnes laisseraient traîner leurs grands doigts. Pareille gourmandise pour les Diables à Cheval (des pruneaux entourés de bacon).

On vous vend de la salade pour $14. Un peu chérot pour de la salade. Non qu’elle soit mauvaise mais ce n’est que de la salade.

Le maquereau se défend mieux que mieux et tord le cou à son étiquette de poisson de pauvres (au pluriel, ils sont plusieurs dessus). Le morceau de choix reste le hamburger au princier traitement avec un pain moelleux brioché et autre chose que du fromage plastique fondu sous la forme d’une généreuse tranche de roquefort. Pour jouer encore la différence, les frites arrivent telle une aérienne meule grillée de pommes de terre.

The Spotted Pig

314 W. 11th Street (@ Greenwich St)

New York, NY, 10014

+1-212-620-0393

www.thespottedpig.com


 

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