La crise? Quelle crise? Je laisserai aux sociologues tirer toutes les conclusions même si je les entends déjà nous expliquer que, pendant les périodes récessives, nous avons tendance à nous tourner vers les valeurs sures -plats familiaux et ancestraux- aux dépens des adresses bling-bling (la liste new yorkaise serait trop longue) . Samedi soir avant 21h00, j’appelle Balthazar pour réserver une table pour deux personnes en fin de soirée. “We’re fully booked tonight.” Rien ne nous arrête et nous nous hasardons à dépasser la 14ème rue pour aller dîner un samedi, opération d’autant plus risquée qu’une pluie fine commence à tomber sur New York et qu’il sera difficile de trouver un taxi pour rentrer dans l’Upper East Side vers minuit, heure prévue de la fin de notre moment Balthazar. A l’accueil, l’hôtesse nous annonce une heure et demi d’attente. Passer plus de 90 minutes debout sans pouvoir toucher le bar pris d’assaut ne nous enchante guère. Nous devons certainement vieillir. Un taxi décharge des gens très patients ou très prévoyants (ayant réservé en début de semaine). Ni une, ni deux, nous nous replions sur Artisanal ou j’apprécierai un morceau de poulet géant, tendre, à la peau grillée comme il faut, mais malheureusement au sommet d’une montagne de purée et de haricots verts qui s’enfonce tels des sables mouvants dès que je plante ma fourchette et mon couteau.
Le lendemain, je repars vers le Sud pour aller prendre un café à Noho chez Think Coffee. Chouette un coffee shop, lieu que je devrais fréquenter, et que je ne fréquente pas, depuis que je suis redevenu étudiant. Qu’est-ce qui fait un bon coffee shop? Check-list ! Un décor bois et sombre. Check. Des clients qui restent des heures, ne consommant qu’un expresso, pour réviser. Check. Du café ou un latte pour moi. Check. De la bonne musique, un peu indé, un peu folk. Et le programmateur nous balance, à pleins tubes (dimanche à 17h00) du Cher période disco. Pitié. Je crains un hommage à Stock, Aitken et Waterman; désastre évité grâce à l’arrivée de Cat Power.
Sur le chemin du retour, je passe chez Other Music, un des meilleurs disquaires du monde -titre facile pour une profession qui fond comme neige au soleil-, ou j’achète trois CD’s pour moins de 10 dollars au total: All that you can’t leave behind de U2 -malgré tout, je reste un fan-, Not in Kansas anymore de Basehead -rappeur sérieux et rassurant, presque disparu- et Ghost of A Dog d’Edie Brickell and New Bohemians – j’aurais bien entendu au Think Coffee leur deuxième album, Shooting Rubberbands at the Stars.