Paris-Méribel-Paris
Non que nous soyons des modèles de ponctualité, ma camarade et moi, surtout ma camarade d’ailleurs, mais passées les 15 minutes parisiennes, l’attente commence à se faire longue pour des français, de passage à Paris, et élevés à la dure loi de la précision horaire new yorkaise. G. a non-reservé aux Cocottes -car on ne peut pas réserver aux Cocottes- et il est en retard. J’ai atterri le matin et le voyage en classe économique -rebaptisé avec tout ce qu’il faut d’hypocrisie marketing Tempo par Air France- et le vol ne m’a pas donné plus de deux heures pour dormir assis malgré l’absence d’écran individuel qui m’a privé d’impérissables chefs-d’œuvre, que je verrai au retour, comme Agents très spéciaux (remboursez!) et La guerre des miss (où je me rends compte que les intermittents du cinéma français ont des arriérés d’impôts colossaux). Comme nous n’avons pas vraiment le courage de faire la queue aux Cocottes, ni au Café Constant malgré un souvenir d’oeufs mimosa. Nous nous replions sur une des autres constanteries de la rue St Dominique -dont la partie entre les avenues Bosquet et Rapp sera certainement rebaptisée rue Christian Constant à la mort du chef- que nous n’avons pas encore testée, Le Violon d’Ingres. Tant pis pour G. et son porte-monnaie tout tourné vers sa noce en juin, il n’avait pas qu’à faire des longueurs de trop à la piscine de Pontoise. Bizarrement, il reste de la place à la plus chère des adresses…
Je n’ai pas trop réfléchi au fait que les cuisines communiquaient et que la salade Caesar du mois de décembre aux Cocottes serait la même que celle du mois d’avril au Violon d’Ingres, soit une montagne, genre Himalaya plutôt que les Vosges, de salade finement hachée avec ce qu’il faut de tendre poulet et de bacon. Trop de bouffe, presque maniérée, pour un début de dîner que je voulais plus léger. L’andouillette est, parait-il, fameuse. Elle mérite de l’être.
Evidemment, je tends -à me demander si je ne les taille pas moi-même- des verges pour me faire battre. Et je ferais aussi preuve d’une mauvaise foi si je me plaignais de la qualité (et des prix) des plats servis au pied des pistes à Meribel-Mottaret. Personne n’a jamais eu l’intention d’installer un relais gastronomique –mais une vache à lait qui plumerait les skieurs, oui!- dans un lieu où le moindre plat extra brûlant se refroidit en deux secondes même au mois d’avril. Il y a un tout petit plus haut Le grain de sel pour le dîner: soupe à l’oignon sans sel, non que j’en sois accro, de peur que mes artères se cassent comme des spaghetti suivant les conseils de ma maman, et sans goût; le gratin de crozets rattrape ce début de prestation raté. Il y a aussi une crêperie où ils sont aussi gentils qu’ils ne savent pas préparer des galettes.
Le meilleur moment de cette escapade restera ce mariage aux Allues avec un buffet de spécialités savoyardes (diots, matafan…), bien loin de cette noce tignarde il y a quelques années, où durant un week-end de septembre, je m’étais pris pour Jack Nicholson dans Shining, à dormir dans un appartement cage à lapins dans une résidence Pierre & Vacances déserte, à assister à la célébration au fond d’une galerie commerciale années 70 -lieu de la mairie de Tignes- abandonnée à la fin de la saison estivale et à tenter de me sustenter autour un buffet en concurrence frontale avec la riante cuisine d’une aire d’autoroute.
Mon escapade se termine -avant le vol de 19h10- par un japonais rue de Ponthieu. Même si c’est pas bon et que ces yakitori sont à la cuisine japonaise ce que McDonald’s est à celle des Etats-Unis, j’ai une tendresse gourmande pour ces brochettes -quasi-introuvables dans leur version fast-food à New York-, notamment celles au fromage (inodore) coulant.