Archive pour la catégorie 'Restaurant - Chelsea'

Cookshop

Voici quelques temps que je voulais aller chez Cookshop mais pour l’Uppereastsider, dîner à Chelsea relève de l’exil banlieusard. Les vacances m’offrent l’occasion de ce type d’expédition -45 minutes en bus plus métro malgré les recommendations foireuses du galeriste avec lequel je partage mon repas- pour le déjeuner dans la minéralité de l’Ouest de Manhattan. J’avais envie de decouvrir Cookshop mais je me méfiais de cette adresse branchée peut-être déjà défraîchie.

Dans mon assiette:

Grilled sausages salad

Pumpkin Bread Pudding

La salade, malgré une sauce un rien huilée, me plait bien avec ses fruits secs qui lui donnent une touche moelleuse. Tout serait parfait si, en cuisine, ils s’étaient donnés la peine de griller les saucisses jusqu’au bout; saucisses qui perdent de leur vigueur rustique avec leurs bouts de chair molle et froide.

Comme beaucoup de desserts américains, le Pumpkin Bread Pudding appartient à la catégorie des pâtisseries indifférentes. Pas vraiment mauvaises, pas vraiment excellentes. A quoi bon s’enfiler autant de calories pour un plaisir si banal?

Cookshop

156 10th Ave

New York, NY, 10011

+1-212-924-4440

www.cookshopny.com/000_home/000home.htm

La Bottega

Ne serait-ce pour les voitures de la neuvième avenue, j’aurais l’impression d’être dans le restaurant d’un hôtel chic dans les années 60 ; comme si Marty McFly rencontrait monsieur Hulot. Mais pourquoi un restaurant italien de plus dans Manhattan?

Dans mon assiette:

Prosciutto e frutta di stagione

Linguini neri

Ce n’est pas une mauvaise idée de mêler des fruits et du jambon. Vive l’été et la fraîcheur dans votre assiette. Sauf que les fruits de saison, des pêches en l’occurrence, ne sont pas mures et que j’ai un peu de mal avec ces solides morceaux de fruit sans jus, ni fruit finalement.

Là aussi, chouette des linguini neri…qui arrivent tout compacts, visiblement trop cuits. Personne en cuisine ne s’est donné la peine de corriger cette erreur de chronomètre en mettant un peu d’huile pour désolidariser les nouilles. Faute avouée (sous la forme d’une boule de nouilles) est-elle à demi pardonnée? Pas vraiment sauf qu’en fermant les yeux et avec le ventre creux, je fais moins le difficile.

La Bottega

363 W. 16th St. (Ninth Ave.), New York 10011

+1-212-242-4300 / 212-243-8400

www.themaritimehotel.com/bottega.html

The Park

Mission: organiser un enterrement de vie de garçon sans avoir la tentation d’aller goûter la qualité des steaks du Penthouse Club (comme nos pères lisaient Playboy pour les articles de Norman Mailer). Ou comment trouver un restaurant prêt à accueillir trente jeunes hommes sans les ruiner. Il y aura toujours de la place dans les salons du Four Seasons mais plus pour un closing dinner que pour faire abondamment boire un futur marié avec un semblant de dignité. The Park -décent compromis entre une note digérable et un lieu qui ressemble à un restaurant, fera l’affaire en dressant une table pour ma trentaine de compères d’un soir.

Dans mon assiette:

Crab Cakes with Mango Papaya Chutney and Chipotle Aioli

Yellow Fin Tuna with Tabouleh Salad and Miso Ginger Vinaigrette

Le crab cake, c’est trop souvent la même chose: pas de goût de crabe mais des souvenirs puissants et récents d’huile de friture.

Divine surprise: le thon s’en sort plutôt bien. Je m’attendais à la version rouge et sans chapelure du poisson pané et je me suis retrouvé avec un plat décent, loin de la version branchée de la cuisine collective qui me pendait au nez. Rien ne dit que je reviendrai de mon plein gré non plus…

On nous avait promis un dessert. J’attends toujours ; à moins que les trois mignardises (lilliputienne tarte au citron, cookie pour jouer à la poupée et fraises enrobées de chocolat décoratives) pour trente fassent office de dessert.

The Park

118 10th Ave

New York, NY 10011

+1-212-352-3313

www.theparknyc.com

Craftsteak

« Hein, t’as aimé Peter Luger? C’est tellement surévalué!! Le cachet faux authentique, pas pour moi!!

- Ne me dis pas que tu préfères Smith & Wollensky ? » Comme pour les burger places et les pizzerias, choisir sa steakhouse préférée peut lancer les amateurs dans d’interminables débats d’enfants gâtés.

Craftsteak a un destin rare. Normalement, les restaurants naissent à New York, la capitale de la hype, puis, le succès venu, s’exportent franchisés au-delà de l’Hudson. Craftsteak est d’abord né à Las Vegas au MGM Grand avant de s’installer à Manhattan, pas loin de son grand frère, Craft, à la cuisine plus sophistiquée.

Craftsteak, dans le Sud de Chelsea, non loin de la rivière, ressemble à ces restaurants de magazine « Dossier : 3 jours à New York » avec ces énormes volumes de warehouse et ces lignes droites, si photogéniques. Tom Collichio, son patron, a voulu rafraichir le genre et quitter la décoration post-saloon-Americana de ses concurrents, même si dans l’assiette, un steak reste un steak dont seules la sélection et la cuisson feront -ou devront faire- la différence pour le gourmet.

Dans mon assiette:

Hanger Steak 12 oz. (Miller Beef, Nebraska) with Mixed Mushrooms and Potatoes Gratin

C’est souvent la règle dans les steakhouses mais les entrées ne servent souvent qu’à décorer la carte dans la mesure où le moindre morceau de bidoche ne pèse pas moins de 250 grammes. Mieux vaut se réserver, même si cette prudence affichée au moment de la commande ne m’empêche pas de me ruer sur la brioche proposée en guise de pain.

Alors, la viande ? Plus que pas mal, même si je n’ai pas osé taper dans le Wagyu à 102 dollars. J’ai du m’habituer au luxe de ces tendres viandes d’Amérique et je deviens de plus en plus difficile à séduire. Les morceaux restent généreux, légèrement gras, craquants et cette expérience carnée demeure un grand moment de simple bonheur. Les accompagnements se tiennent bien, même si je regrette d’avoir du remplacer l’invisible hash brown par un correct gratin. Les cinq champignons dans leur démesure et leur terrienne fraicheur valent bien leur 22 dollars.

Mon ami Thibaut, qui a eu la délicatesse d’inviter le modeste etudiant que je suis et après être allé diner, dans la même semaine, au Bernardin, chez Peter Luger et à la Gramercy Tavern, trois adresses que j’avais testées et que je lui avais recommandées, me fait remarquer que, loin d’être mauvais, Craftsteak est un peu surevalué. Il n’a pas tort; voire même raison…

Crafsteak

85 Tenth Ave (@ 15th St)

New York, NY 10011

+1-212-400-6699

www.craftrestaurant.com/craftsteak_newyork.html

Tía Pol

Je ne sais pas pourquoi je n’aime pas Chelsea. Peut-être parce qu’il y a quelque chose qui tient du XVème arrondissement -il y a toujours une bonne raison pour sécher un dîner rue de Cronstadt- dans ce quartier de Manhattan avec cette impression d’être au milieu de nulle part, au bout de nulle part. Je sors du métro sur 10th Avenue au niveau de la 25th St. Je remonte deux blocs vers l’ouest et le macadam ne cesse de défiler. Arrivé au terme de mon périple piéton, je trouve un certain charme à ces larges avenues bordées de hauts immeubles industrieux encore plus couleur brique sous le rougeoyant soleil. Même le Palais du Peuple pourrait me plaire un soir d’été. Enfin Tía Pol et ses 50 minutes d’attente annoncées dans un large sourire avant un haussement furtif de l’épaule gauche accompagné du “Sorry, guys” d’usage. Nous hésitons et puis merde, nous sommes vendredi et M. ne vient pas tous les jours de Paris avant d’aller à Sao Paolo. Soyons fous! Soyons dingues! Attendons! Et buvons une bière de Louisiane dans le diner gay de l’autre coté de l’avenue avec sa section fumeur de cinq tables (sur quinze). L’hystérie anti-fumeur s’attaque aux trottoirs. Méfiez-vous irlandais, italiens et bientôt français.

50 minutes passent. 50. Mon téléphone sonne. La table est prête et nous nous retrouvons dans un couloir, inévitable lieu-décor de tout bar à tapas qui se respecte. 

Dans mon assiette:

Pescado en adobo

Tortilla española

Chorizo con chocolate

Huevos rellenos al pimentón de la vera

Pan tomacat: 3 salsas

Plato de jamón redondo iglesias 18 meses

Je n’aurais jamais cru que je m’emballerais pour une friture, à part ce plaisir coupable d’un fish and chips servi dans la page 3 du Sun. Le Pescado en adobo a un parfum de chorizo qui dépasse le simple goût d’un poisson plongé dans un bain d’huile bouillante et si légère qu’il a l’air de sortir sec de cette piscine infernale. Au second tour, nous recommandons du poisson. Le serveur, revient, l’air inquiet.

“Vous n’en avez pas déjà eu?

- Si. Mais quand c’est bon” (cf. Bush 2004).

Je me pose toujours les mêmes questions: pourquoi les espagnols mettent-ils de l’huile d’olive sur leur jambon alors que celui-ci n’est ni sec, ni au régime sans graisse. La bête est tellement meilleure nue.

tiapol.jpg

J’ai piqué la photo sur le site du New York Magazine. Faute de batteries -blogger imprévoyant-, mon Nikon Coolpix L11 a fait la sieste. 

Morceau de curiosité: chorizo con chocolate. Ce qui apparaît d’abord comme une incongruité -ou une hérésie pour les moins audacieux- se révèle une curiosité gourmande qui nous décroche plus qu’un simple “interesting”. Le palais joue au ping pong. Chorizo: 1 point. Chocolat: 1 point. Chorizo: 2 points. Chocolat: 2 points. Chorizo: 3 points. Chocolat: 3 points. Chorizo: 4 points. Chocolat: 4 points. Chorizo: 5 points. Chocolat: 5 points. Chorizo: 6 points. Chocolat: 6 points. Chorizo: 7 points. Chocolat: 7 points…Certes, il ne s’agit pas d’un plat, sauf à servir une baguette tartinée, mais d’une réjouissante mise en train.

Dans la série des grandes questions philosophiques: pourquoi la tortilla?

Et pour le reste? Du grand classique servi dans les règles de l’art culinaro-ibériques.

Tía Pol

205 10th Ave (between 22nd St and 23rd St)

New York, NY, 10011

+1-212-675-8805

tiapol.com

Buddakan

buddakan.jpg

- T’as quelque chose de prévu ce soir?

- Euh, non…

- R. nous invite à dîner ce soir avec sa femme chez Buddakan.

- Ca roule.

- C’est à l’heure américaine. A 18h15.

- Ah…Je vais déjeuner léger.

Il y a quelque chose de très new yorkais chez Buddakan; dans cet art de la mise en scène, du spectaculaire, du toujours plus, du plein les yeux; et qui ne va contre des assiettes réussies. Au centre du restaurant, au sous-sol, se trouve une salle dominée de bois (murs, chandeliers…) au milieu de laquelle se dresse une longue table communale, audace participative d’une adresse branchée. Nous dînons au second niveau dans une pièce minérale.

R. propose que nous la jouions family style. Chacun choisit deux entrées et un plat qui seront apportés au fur et à mesure sur la table. En lisant la carte, je dois penser à ce qui me tente mais aussi à ce qui pourrait plaire aux autres (dont deux inconnus).

Dans mon assiette à moi:

Edamame dumplings

Hot scallion pancakes

Chili crab & crispy noodles

Buttermilk panna cotta

Je commence en tapant dans les tuna spring rolls choisis par R. Le chef a forcé sur le piment qui anesthésie mon palet pendant cinq minutes. Je reprends mes esprits avec les edamame dumplings. La pâte et la farce se neutralisent trop pour emporter l’adhésion. Mais j’étais curieux de voir ce qu’un chef pourrait faire de ces haricots japonais, souvent servis en apéritif. R. apprécie les pancakes à la ciboule qui tiennent plus des toasts que des petites crêpes.

Comme je me suis délectégavé de cette avalanche d’entrées (Deviled tuna tartare, boneless spare ribs…), mon appétit a décru quand mon plat arrive. Pourtant, je les aime bien ces nouilles chinoises dont le petit coté croquant qui balance bien avec la tendre chair du crabe.

Joie du Pouilly-Fumé. Je retrouve, malgré moi, de l’entrain quand arrive le dessert. La carte ment un peu quand elle annonce une panna cotta. L’ensemble tient plus du blanc-manger et se laisse apprécier dès ma nostalgie de la crème ravalée. Mise en scène encore: ce dessert n’est pas simplement servi sur une assiette mais dans un immense saladier qui invite le gourmand à plonger armé de sa cuillère. Et pour couronner le tout, un churro(s) géant que même le dernier des affamés n’arriverait pas à terminer.

Ce n’est pas fini. R. m’invite à goûter son dark chocolate pudding. Le chocolat me fait fondre par sa profondeur. Son amertume sucrée éclate encore plus au contact de la pâte travaillée au beurre de cacahuètes. La prochaine fois, je sais quel dessert choisir.

Buddakan

75 9th Avenue (between 15th and 16th St)

New York, NY, 10011

+1-212-989-6699

www.buddakannyc.com


 

novembre 2009
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