Paradou. Paradou. Ce nom me fait penser à ce tube d’Yvan-Chrysostome Dolto dit Carlos. Papayou, qui servira pendant des années de thème musical à la promotion d’Oasis, le jus de fuit cheap pour les enfants, pas le groupe de rock de Manchester.
Papayou, papayou, papayou, papayou lélé
C’est le plus beau des papayou lélé
Que j’ai vu depuis des années
Papayou, papayou, papayou, papayou lélé
Garde le pour moi ne le montre pas
Ça f’rait des jaloux dans le quartier
Tous les Carlos ne font pas de la mauvaise musique.
Au début, nous voulions aller chez Balthazar dont le pain de seigle nous ravit –enfin, du pain correct à New York!!- et dont nous pensions que la gloire passée nous permettrait d’avoir une table à notre guise. Balthazar a de beaux restes dans les guides et le souvenir des new yorkais, grande tribu qui n’hésite pas à planifier son samedi soir des semaines à l’avance, et au moins à réserver la veille. Comme nous avons appelé Paradou vers 19h00, nous n’aurons pas droit à la cour intérieure, grande attraction de l’été. Nous dînerons dans la petite salle de l’entrée. Le Meatpacking, un samedi, ressemble à un grand zoo. Il devient un lieu normalement infréquentable pour un new yorkais digne de ce nom s’il veut éviter de partager sa soirée avec les Bridges and Tunnels, comme s’appellent les énergumènes habitant hors de Manhattan. Nous ferons une exception.
Je n’aime pas les serviettes en papier. Sauf à nous vendre de la guinguette dans le Meatpacking, je ne comprends pas ce qui nous empêche d’avoir des serviettes en tissu quand tous les plats tournent autour de 25 dollars.
Les entrées ne jouent pas assez le soleil, l’été, l’aérien. Qui veut s’enfiler du foie gras en plein mois de juillet ? Ou une tarte tatin aux betteraves ? J’ai faim de salades, de produits frais et bruts.
Dans mon assiette:
Assiette de la mer (superbe mise en abîme culinaire) : Herbed Seared Tuna, Grilled Sardines, Smoked Trout with Baby Vegetables served with Saffron Aioli
Duck magret with white peach chutney & roast butternut squash
L’assiette de la mer évite, avec un certaine réussite , l’écueil tarama-saumon fumé-oeufs de lump accompagné de ses blinis réchauffés au micro-ondes. A la place, nous partageons de la truite froide un peu sèche, des sardines parfaitement grillées et du thon frais; le tout accompagné de petits légumes croquants, joyeuse mise en jambe qui nous ouvre l’appétit et nous donne envie d’enchaîner. A partir de ce moment, il faudra modérer ses ardeurs.
Vivre à New York rend impatient. Malgré une conversation vive et déliée, près d’une heure entre l’entrée et le plat a des allures de surplace dans le tunnel de Fourvière un jour de départ en vacances. Paradou est tenu par des français: personne ne viendra expliquer le retard, et encore moins s’en excuser. Pendant ce temps-là, notre serveuse avale un plat au bar. Me voici rassuré, j’avais pensé à une grève-surprise dans les cuisines.
Mon magret a passé trop de temps, seul, sur le passe-plats à attendre les entrecôte et Saint-Jacques de mes convives. Il arrive tiède, un peu desséché et a perdu une bonne part de sa chair souple. J’ai des doutes sur les butternut squashes, fort présentables au demeurant, mais leur goût, discret et terrien, convient peu à la saison.
En seconde partie de soirée, en sortant dans un club à karaoké de Broadway transformé en boîte de nuit ringarde pour14 juillet bedonnant, je rencontre M. qui me confirme la piètre prestation du service mis en scène quelques soirs plus tot par un personnel féminin odieux lui reprochant, à elle et ses amies, de ne prendre que des salades et de ne pas dépenser assez. Dans Two Tonys (The Sopranos, Saison 5, Episode 1), un serveur grincheux d’Atlantic City disparaît pour moins que cela.
Paradou
8 Little 12th St (between Greenwich and Washington St)
New York, NY, 10014
+1-212-463-8345
www.paradounyc.com


