Archive pour la catégorie 'Restaurant - Upper East Side'

Cavatappo Grill

Avant, il y avait Luca avec d’étranges abat-jours en forme d’aubergines. Puis, il y eut, sous la même égide, Cavatappo Grill avec une décoration plus chaleureuse et intime: des banquettes, des couleurs sombres et encore ce carrelage Vigor si facile à nettoyer. Luca/Cavatappo Grill tient du bon petit (pourquoi petit? pour reprendre la question de Philippe Noiret dans Les Ripoux) italien de quartier, celui qui nous accueillis pour notre premier 31 décembre new yorkais il y a bientôt 4 ans après une riante journée à l’Ikea d’Elizabeth (NJ).

Dans mon assiette:

Puff pastry tart w/Pears & Gorgonzola

Grilled Sardines

Assorted cold cuts plate

Je gardais un bon souvenir de la tarte poire et gorgonzola, notamment de la croûte. Aujourd’hui, la pâte feuilletée feuillette trop, vole au vent et manque de consistance à force de légèreté. La poire et le fromage vont bien ensemble mais le coulis rouge -des canneberges pour Thanksgiving?- en fait trop dans le sucré-salé.

10 dollars pour deux sardines, c’est un peu cher. N’aurions-nous pas pu avoir les triplés? Le prix se justifierait si les deux poissons -fort bons au demeurant mais peut-on vraiment se planter en grillant des sardines?- venait directement du port de Marseille? Là-dessus, j’ai un doute.

Même réflexion pour la (petite) assiette de charcuterie honorée de deux mini crottes de parmesan. Un peu plus donnerait une impression de festin. Sinon, je vais faire mes courses chez Milano Market et je me fais mon plateau italien moi-même devant Extreme Makeover: Home Edition. Je comprends que la crise frappe tout le monde mais si les restaurants se montrent chiches avec ceux qui osent encore sortir le dimanche soir, les derniers vaillants ne reviendront plus.

Cavatappo Grill

1712 First Ave (between 88th and 89th St)

New York, NY, 10128

+1-212-987-9260

http://www.cavatappo.com/Grill_Page.html

The Bar @ Etats-Unis

Définitivement, un des meilleurs restaurants de l’Upper East Side. D’un coté de 81st Street, Etats-Unis, plus élaboré, plus travaillé, plus raffiné. De l’autre où nous dînons, une cuisine plus simple, plus directe et tout aussi bonne. Ceux qui veulent peuvent choisir, au bar, ce que propose la maison-mère où se trouve la cuisine. Si vous passez dans le coin à l’heure des services, vous verrez le personnel traverser la rue les mains pleines, les mains vides. Comment font-ils les jours de pluie?

Dans mon assiette:

Boston Lettuce Salad with caramelized pear, stilton cheese and toasted hazelnut vinaigrette

Baby Back Ribs barbequed St. Louis style and served with homemade coleslaw

Qu’est-ce qu’une bonne salade? Encore plus que le sandwich, la salade est un des biens alimentaires les plus communs de l’alimentation occidentale salariée. En voilà, une formule définitive et un rien creuse. La vie professionnelle –étudiante pour le moment-, l’absence de temps et un certain souci régimo-diététique me fait ingurgiter plus d’une salade par semaine. Ce plat a le triple mérite de la variété, de l’équivalence et d’une certaine non-médiocrité. A force d’avaler des salades à peine correctes, on en vient à ignorer qu’il en existe de bonnes. Etats-Unis nous remet les pieds sur terre et me dégoûte de toute feuille de laitue pour au moins deux semaines. La salade craque, vibre, chante. Le stilton ferait taire n’importe quel Superdupont qui ne jure que par la Sarkozie fromagère. Cerise sur la salade: des poires.

Les cotes de porc donnent un air d’élégance au barbecue et aussi d’épice. Le chef a intimé l’ordre de finir les stocks de poivre dans la soirée. Ma voisine rougit aussi en dégustant un autre morceau de viande.

The Bar @ Etats-Unis

247 E. 81st St (between 2nd and 3rd Ave)

New York, NY 10028

+1-212-396-9928

davidburke & donatella

Il y a quelque chose de miraculeux chez davidburke & donatella: il n’y a pas de musique. Même pas un fond de muzak. Rien. J’ai trouvé le restaurant ou aller quand mes parents repasseront à New York. Le maître d’ me donne quatre menus sans compter la carte des vins. Il faut s’appeler Shiva pour dîner ici. Même si Restaurant Week continue, nous avons décidé, avec mes camarades, de partir hors piste.

Dans mon assiette:

Parfait of yellowfin tuna & salmon tartares

Handmade cavatelli & braised short ribs, wild mushrooms, mushroom chips, truffle mousse

Milkshake and cookies

Alors que l’on me sert des pâtes tout à fait convenables, je regarde avec envie le gratte-ciel de viande que l’on sert à mon ami Ben. Je me rassure, en me léchant les babines, en me disant que je n’avais pas faim…

Milkshake et cookies, l’exemple-type du dessert gadget à ne pas commander dans ce genre de restaurant capable de beaucoup plus de finesse et de sophistication que deux sucreries de diners à peines recréées.

davidburke & donatella

133 East 61st St (between Park and Lexington Avenues)

New York, NY 10065

+1-212-813-2121

www.dbdrestaurant.com

Park Avenue Summer

P., parisien de passage, ne jure que par Dumonet, excellente maison de la rive gauche ; même s’il a du mal à admettre que son adresse préférée est un peu chère (non pour ce qu’elle sert mais dans un absolu, très terre-à-terre, ou tout le monde n’aurait pas les moyens de régulièrement lâcher 70 euros minimum pour un dîner). Ici, il va goûter autre chose, une cuisine qui a su s’émanciper du paternalisme français sans en nier la belle grammaire.

Tu vas voir ce que tu vas voir!! Nous partons dîner chez Park Avenue Summer. Tu vas surtout voir une baisse de régime. Et une salle à moitié vide un vendredi: l’Upper East Side aurait-il pris ces quartiers d’été à Easthampton? Comme toujours, la musique dépasse la norme acceptable pour mener une conversation qui ne nécessetirait pas de hausser la voix. Et la puissance de la climatisation vous fait croire que les aliments frais sont stockés sous les fauteuils.

Dans mon assiette:

Prosciutto Melon, White Balsamic

Crispy Calamari Salad, Haricots Verts, Grilled Baby Corn

Mes camarades partagent ma déception polie. Rien de grave, rien de raté mais les assiettes récitent les intitulés. Le prosciutto-melon reste un prosciutto-melon avec des produits meilleurs que ceux de la  première trattoria Potemkine de la 3eme avenue. Mais il y a rien de vraiment excitant, comme si la flamme des saisons précédentes s’était éteinte dans la simple fraîcheur des aliments de l’été.

Si j’avais vraiment cherché à me faire surprendre, j’aurais peut-être du éviter la salade de calamars frits; plat qui s’en sert mille fois mieux que tant de morceaux de caoutchouc panés. Je m’attendais à quelque chose de plus que cette évidence, que ce plat qui, s’il est interprété à la lettre, ne peut jamais vraiment enchanter. Qui a déjà revé en regardant une friteuse?

Park Avenue Summer

100 E 63rd St (@ Park Avenue)

New York, NY 10021

+1-212-644-1900

www.parkavenuesummer.com/

Brio 89

Un ami de passage: “Y a un restaurant près de chez toi qu’a l’air pas mal.

- Ah bon. Ouais, il y a quelques trucs qui se défendent avant 86th St mais rien de vraiment exceptionnel. A part peut-être Sfoglia et Itzocan mais ils sont un peu plus loin.

- Je ne crois pas. C’est sur la deuxième Avenue…Au coin…C’est design…C’est branché…

- Ah, je vois…”

“C’est design…C’est branché…” Ici, le décor peut être souvent plus fort que l’assiette pour vous séduire.

Dans mon assiette:

Tagliere Formaggi

Tartare di Salmone

(Tagliere di Affettati)

Le menu détaille la provenance de chaque bout de jambon comme pour indiquer qu’il est authentique, donc excellent. Un peu comme un élève de première qui veut épater son examinateur en truffant sa copie de citations. Mieux vaut savoir que la mortadelle vient d’Emilie-Romagne (de quel producteur?) que de la Tête du Sanglier mais je me méfie de ce luxe inachevé de détails. Quelque chose cloche? La carte semble faire la part belle aux produits mais des qu’il s’agit de plats, toute imagination a disparu et nous retombons vers les salades ou les pâtes les plus banals. Pourquoi ne pas devenir un simple bar à vins brut de produits -le vin dans sa bouteille, le fromage dans sa meule, le prosciutto dans sa cuisse- plutôt qu’un restaurant italien de plus?

Sinon, le saumon est trop gras. Le citron fait ce qu’il peut pour contraster mais l’acidité ne suffit pas pour compenser les effets d’un poisson mal choisi, trop peu payé ou les deux. Les fromages s’en tirent beaucoup mieux mais ne nous font pas pleurer; surtout que le pain moyen n’apporte pas cette pointe de bonheur en plus. Tout reste à l’étal ce soir.

Le service, gentil comme souvent, se règle encore, au mieux, ou patine, au pire. Les runners ne manquent pas de remplir votre verre dès que vous avez bu une goutte; tant d’empressement pour inonder notre eau gazeuse de celle de la carafe. Ils oublieront de nous apporter notre assiette de charcuterie mais auront l’élégance de ne pas nous la facturer.

Brio 89

1725 2nd Ave (@ 89th St)

New York, NY, 10128

+1-212-289-8944

www.brio89.com

Via Quadronno

Le spectacle est dans la salle, ou plutôt dans ce long couloir, cross-over baroque entre un chalet suisse et un bar romain. Que les myosines tournent les talons et que les chirurgiens esthétiques accourent. Toutes les bonnes dames de l’Upper East Side sont là, venues déjeuner entre amies.

Dans mon assiette:

Insalata Pierrepi (shaved parmigiano, rucola and fresh tomatoes)

Car je n’en attends pas grand chose, une salade ne me déçoit jamais vraiment, et ne m’épate pas plus. Je la commande car je veux déjeuner léger. Ici, elle reste dans cette norme moyenne sauf son prix qui s’accommode des porte-monnaie de la clientèle: $14.50 pour prix de base. Je cherche des indices parmi les trois ingrédients. Tiens, le parmesan en grandes tranches régulières. Le cuistot n’a pas pris son économe pour découper un généreux morceau de parmigiano reggiano. Non, il a pris dans son frigo ce qu’un groupe alimentaire a vendu à son patron pour du parmesan. Je me demande ce que veut dire fresh tomatoes. Qu’elles ne sont pas en conserve (souvent une bonne surprise et idéal pour faire une sauce)? Qu’elles ne sont pas pourries? Certes, elles n’ont pas le gout vide et plein de flotte de ces montres hormonés et roses du Chili ou des Pays-Bas mais elles ne suintent pas de soleil, les pomodori de la Via Quarderonna.

Via Quadronno

25 E 73rd St (between 5th Ave and Madison Ave)

New York, NY, 10021

+1-212-650-9880

www.vqnyc.com/media/websiteviaquadronno.html

Park Avenue Spring

Rebelote. Apres l’hiver, voici le printemps même si New York ne nous a pas encore donnés l’ordre de remiser nos manteaux.

Le décor et la carte ont changé (et rechangeront dans trois mois) après un investissement qui aura brulé jusqu’au dernier cent. Il ne restait plus un sou pour acheter un logiciel de gestion des flux et de réservations. Vous réservez pour 21h30 -personne ne leur interdit de vous demander de vous pointer a 22h00, non?- et après un gros quart d’heure, rien ne se passe et vous êtes toujours au bar à siroter votre verre de prosecco.

- Euh, excuse me, Mr le Manager de la salle mais vous nous aviez dit 12-15 minutes, il y a pas mal de temps déjà.

C’est vrai, j’aurais du me méfier de cette précision -12 minutes. Pourquoi pas 14?- qui traduisait, derrière sa ferme affirmation, un désarroi total et un accablement souriant face à des horaires en pleine dérive. Pendant ce temps-là, nous restons accoudés et le barman nous offre, à l’œil, des coups jusqu’à ce que nous soyons invités à nous assoir, près de 45 minutes après notre arrivée. Je ne sais pas pourquoi mais il m’a toujours semblé plus facile d’être patient le samedi.

Dans mon assiette:

Citrus Fruit Tartare

Grilled Lamb Chop, Apricots, Toasted Cumin, Mint Green Salad

J’aurais pu m’agacer de la mise en scène, de la présentation des aliments que le serveur allait remuer dans un coin derrière moi et qu’il me présente comme s’il allait me préparer un steak tartare. Depuis quand faut-il un cérémonial de déconstruction-assemblage avant de remuer la salade? Mais l’extrême fraicheur de cette salade dense et incisive coupe tous mes effets cyniques. Depuis combien de temps n’avais-je pas gouté un plat aussi tonique? Les salades bric-à-brac de Manhattan cuites et remuées dans leur sauce m’avaient fait oublier que fruits et des légumes avaient appartenu au règne végétal avant de jouer les effets décoratifs dans trop de plats. Je ne parle pas de Paris et de ses salades compassées dans leur conformisme et désespérantes de tonalité plastico-industrielles.

La cote de veau serait un safe bet mais je me laisse tenter par le mouton. Trois morceaux suffisants pour que je ne reste pas sur ma faim et que ma gourmandise soit encore titillé. Profondeur de la viande, craquant de la cuisson, sel, tout y est, tout est là. Je suis un peu moins convaincu par la présence de la confiture Bonne Maman faite maison, pas mauvaise du tout mais dont la présence touche à l’incongru. A moins que, pour gagner du temps, certains clients envisagent déjà de prendre le petit-déjeuner avant d’aller se coucher. Ainsi, ils pourraient gagner, selon mes standards, 20 minutes de sommeil.

Park Avenue Winter

100 E 63rd St (@ Park Avenue)

New York, NY 10021

+1-212-644-1900

www.parkavenyc.com

Elio’s

Il est là le grand classique italien amidonné avec ses boiseries sombres. Un vrai restaurant du samedi soir qui ne respire pas la jeunesse mais le New York qui ne se laisserait pas impressionner par les branchés, les clinquants et les pseudo-modernes. Un signe ne trompe pas: les serveurs n’ont pas bougé et ont tous dépassé la cinquantaine.

Dans mon assiette:

Antipasto

Ravioli di Carne

Sabayon

L’antipasto n’est pas de saison. Il appelle un estomac d’été, léger, plein d’allant, gavé de fraicheur et d’indulgence. Pas mal la mozzarella. Pas mal non plus les grandes asperges froides -on dirait des ministres de droite avant la bedaine- et le prosciutto. Il y avait aussi des artichauts mais j’ai préféré les lamelles de courgettes frites offertes en apéritif.

Très bien, les raviolis. Je ne voulais pas de viande et je ne savais pas quelles pates choisir. On sent bien la chair sous la pate sans épaisseur mais non sans consistance. Ils ont bien fait d’oublier le parmesan et de laisser comme condiment un délicat coulis de tomates.

La sauce. Trop de sauce dans les restaurants italiens. Vous connaissez mon infatigable refrain mais là, ca manque de sauce car pour caricaturer, le sabayon, c’est de la sauce ou plus précisément de la crème, soit des œufs et du sucre, patiemment montés dans un cul-de-poule avec des larmes de marsala. Pourquoi appeler sabayon, des fruits (pas de saison!) bourgeoisement arrosés de trois gouttes de cette délectable crème de patience ? Je regrette son onctuosité, son amertume, sa jaunâtre profondeur mousseuse. J’aime tant le son étouffé de la cuillère quand lentement elle touche le fond et l’homogénéité l’enrobe. A la place, j’ai droit au vide spatio-temporel et avec un peu d’imagination, je peux retrouver mes souvenirs sabayonesques.

Elio’s

1261 2nd Avenue (between 84th and 85th St)

New York, NY, 10128

+1-212-772-2242

Park Avenue Winter

Avant, il y avait le Park Avenue Café qui n’avait de café que le nom. On dinait plus dans un restaurant American Creative qu’au coin de la rue Rodier et de la rue Condorcet dans les dernières effluves tabagiques de 2007. Désormais, tous les trois mois, le décor change et la carte aussi au fil des saisons. Malgré une légère inexactitude calendaire, samedi 15 décembre, nous dinons hiver dans un décor immaculé habité de serveurs tout blanc qui auraient pu officier chez Eddie Barclay si le nom du Barbe-Bleue à la moustache fine n’était pas associé au soleil. Il y a même un menu blanc pour rester raccord avec les murs qui consacre la pâleur des aliments. Dehors, il neige.

Je crois que je ne résoudrai jamais ce mystère new yorkais. Je ne comprends toujours pas cette manie de nous imposer de la musique, à moins de vouloir nous en dégoûter définitivement et de couler ce qui reste d’une industrie plus que chancelante. J’y vois un coup des fabricants de jeux vidéo qui préfèrent des acheteurs de Grand Theft Auto 4 que des amateurs (?) de Céline Dion. Ce soir, les cheveux des convives respectent le dress code du personnel et leurs Sonotone ne prêtent aucune attention à La Ritournelle de Sébastien Tellier. 5, 4, 3, 2, 1…avant le volume 3 de l’Hôtel Costes.

Dans mon assiette:

French Onion Soup, Oxtail Gruyere Crouton

Grilled Veal cChop, Green Garlic Bread-Crumbs

Winter White Citrus Confection

Le doux confort des habitudes et l’appétit de découvertes me titillent jusqu’à ce qu’un compromis apparaisse sous la forme d’une question: Park Avenue Winter, restaurant à la contemporaine cuisine, aurait-il tenté de renouveler la soupe à l’oignon? Au milieu de mon assiette creuse trône une tranche de pain grillée recouverte de gruyère fondue entourée d’une écume. Puis, le serveur verse un bouillon aux oignons. Rien de révolutionnaire au palais sauf des aliments bien choisis, une certaine légèreté liquide et le craquant d’un toast juste imbibé. Pas mal pour un indépassable classique, non?

Très belle cote de veau à l’os saillant hors l’assiette. Il n’y a plus rien à dire, sauf écouter ses papilles. Qui oserait parler pendant Casta Diva?

Après trois jours à New York, A. et C. n’ont toujours pas compris la grande démesure culinaire américaine et le serveur leur conseille de partager un Chocolate Cube, dessert survivant de la dernière incarnation de Park Avenue. Ma confection au citron conclut parfaitement ce diner avec sa mousse légère, son allure diaphane, ses traits acides qui vont font oublier que seule la gourmandise guide encore votre appétit apres une imposante viande.

Park Avenue Winter

100 E 63rd St (@ Park Avenue)

New York, NY 10021

+1-212-644-1900

www.parkavenyc.com

JoJo

J’étais content de revenir chez JoJo samedi dernier. Il y a un an, j’ai eu l’idée d’ouvrir ce blog -même s’il m’a fallu deux mois pour rédiger ma première ligne- après y avoir diné; pour raconter un des passe-temps favoris des new yorkais (juste après le jogging), urbains qui ne cuisinent quasiment pas, ne s’invitent pas chez eux et ne dînent à la maison que pour boulotter des plateaux télé.

Monsieur Karm -ou s’appelait-il monsieur Carm?- mon professeur de français en classe de seconde nous parlait, pour une raison qui m’échappe encore, avec passion du guide Michelin, le Rouge, et de ses étoiles. Alors qu’il restait très calme quand il évoquait La Princesse de Clèves, il tournait ses bras dans tous les sens quand il digressait sur le système de notation du Guide Rouge. “A une étoile, on paye le noeud papillon !”. J’ai souvent repensé à cette phrase sans vraiment y adhérer. Oui, il y a une différence entre un non-étoilé et un étoilé. Mais une différence de cuisine. Sans vouer une admiration aveugle au Bibendum, il lui arrive souvent d’avoir raison et d’honorer de ses étoiles des tables qui font durer l’éphémère (Les Ateliers de Joel Robuchon, L’Astrance, Le Bernardin, Les Maisons de Bricourt, Les Elysées du Vernet, Etats-Unis, Babbo…pour ceux que je connais.) Il y a chez un étoilé, un petit truc en plus, un twist, un soin particulier qui sort la cuisine de l’ordinaire pour lui donner cette dimension rare. En allant dîner chez Jojo, je me suis demandé si Karm/Carm n’avait pas forcément tort. Rien de honteux. Tout est impeccable, mesuré, calibré mais tellement triste, sans imagination, ni fantaisie. Reste le cadre; cette petite maison de l’Upper East Side qui vous donne cette impression d’intimité, loin de ces halls sonores et anonymes que New York affectionne. “A une étoile, on paye le décor !!”

Dans mon assiette:

Goat Cheese (fig three ways, radicchio and endive salad)

Venison Poire au Lard (savoy cabbage, pomegranate and fingerling potatoes)

La salade est pas mal, un bon départ pour se mettre en jambes. C’est propre, net, bien réalisé, sans bavure. Mais à part des figues, du chèvre frais et des endives, qu’y a-t-il? Rien de fou, rien que ne saurait reproduire un cuisinier en herbe sans fantaisie.

Même constat déçu pour la viande. Les produits sont de qualité, bien travaillés mais je m’ennuie. Je repense à The Gramercy Tavern et la truite brillante de simplicité servie sur son lit de chou.

Jean-Georges Vongerichten, patron-propriétaire de JoJo, multiplie les adresses à New York (et ailleurs, même à Paris) mais je demande si j’ai envie de tenter, un jour, son 3-étoiles (Jean-Georges), de faire crédit à un cuisinier dont la cuisine roupille sur ses lauriers desséchés. Je préfère retourner au Bernardin ou découvrir Per Se.

JoJo

160 E 64th St (between 3rd Ave and Lexington Ave)

New York, NY, 10065

+1-212-223-5656

www.jean-georges.com

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